Skiagrafia
σκιαγραφία [-ας, ἡ]

Du grec skiagraphia, fait de skia : ombre et de graphó : dessin.

du 6 au 9 juin 2019

Vitrine DD
5 Cité Dupetit-Thouars, 75003 Paris

Les ARTISTES
Camille OARDĂ
Anne-Cécile SURGA

Zeuxis (…) apporta des raisins peints avec tant de vérité, que des oiseaux vinrent les becqueter; l’autre [Parrhasius] apporta un rideau si naturellement représenté, que Zeuxis, tout fier de la sentence des oiseaux, demande qu’on tirât enfin le rideau pour faire voir le tableau. Alors, reconnaissant son illusion, il s’avoua vaincu avec une franchise modeste, attendu que lui n’avait trompé que des oiseaux, mais que Parrhasius avait trompé un artiste, qui était Zeuxis.

Extrait de l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien XXXV 65-66

Skiagrafia est une exposition pluridisciplinaire qui présente les univers créatifs des artistes Camille Oardă et Anne-Cécile Surga, réunis autour du concept d’illusion matérielle et optique ou plus simplement d’un trompe-l’œil.

Il s’agit d’un dialogue serré entre la pierre et l’encre, afin d’explorer les limites de nos perceptions en superposant le caractère bidimensionnel du dessin et tridimensionnel de la sculpture.

Camille Oardă dévoile à travers ses gravures les détails cachés du réel. Des paysages intimes presque oniriques, parfois abstraits et organiques s’ouvrent alors à nos yeux. Ils constituent une mosaïque de lignes sinueuses, à composer et recomposer, selon notre sensibilité.

Anne-Cécile Surga transforme un matériel froid comme le marbre en une surface douce et polie. Les pièces nous sollicitent pour les regarder, les toucher et y laisser nos empreintes. Il faudra s’arrêter le temps d’un instant pour saisir leurs secrets, imaginer des corps et des mémoires suspendus et se laisser toucher à notre tour.

Des supports et des techniques si différents ont pour origine le même geste qui creuse le bois et modèle la pierre. Le résultat est une scénographie sur plusieurs plans qui oscille entre la matérialité du marbre – traité d’une façon épurée et corporelle – et la légèreté de la gravure évocatrice des ciels imaginaires ou imaginés.

Sculptures et gravures interrogent directement le visiteur.
Est-ce vraiment du marbre ce matériel qui veut être observé sans pudeur ?
Et ces nuages gravées, si fluides, ne sont-ils pas des fenêtres ouvertes sur des paysages masqués ?

Dans l’antiquité, Platon fut le premier à répondre à ces questions et à définir la “représentation trompeuse” des choses avec le mot skiagraphia. Terme formé parskia : ombre et graphè : écriture / peinture. Skiagraphia devient alors la ligne qui suit le contour de l’ombre du tangible pour capter le vivant.

En suivant ce fil, les œuvres de Camille Oardă et Anne Cécile Surga sortent des limites de leur existence en tant qu’objets. Elles invitent le spectateur à dépasser les murs de la galerie, à explorer la matière à travers le regard pour dévoiler l’invisible profondeur de notre réalité.

L’exposition est a découvrir du 6 au 9 juin dans un lieu inédit et ouvert à la création contemporaine au cœur du Marais : la VITRINE DD.

Anna DONÀ
Commissaire de l’exposition.